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Installation de l'artiste suisse Thomas Hirschorn
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La biennale européenne d’art contemporain Manifesta vient de fermer ses portes à Saint-Pétersbourg. Fondée il y a vingt ans à Amsterdam et attachée depuis ses débuts à l’identité européenne, elle a pour particularité de changer de localisation à chaque édition. C’est pour la première fois que l’exposition itinérante faisait escale en Russie : une occasion de confronter la création la plus actuelle aux chefs-d’œuvre de l’Ermitage fêtant cette année ses 250 ans. Après les crispations politiques, les appels au boycott des uns et des autres et les lourdeurs administratives, la dixième édition de l’exposition a été un énorme succès. Le projet conçu par l’Allemand Kasper König avec la participation de près de 60 artistes a attiré plus d’un million de visiteurs.
Choisir l’une des plus
conservatives parmi les métropoles de l’art comme lieu de manifestation était
un pari osé. En réponse à certaines critiques dénonçant une profanation des
locaux de l’Ermitage par l’intrusion d’un art « pervers » et « dégénéré », Kasper
König a souligné que cette confrontation des styles pouvait contribuer à un
dialogue sain autour des problèmes éthiques et esthétiques. Michaïl Piotrovski,
le directeur général de l’Ermitage, a également évoqué la présence des sujets
sensibles comme un point positif de la biennale. Ainsi l’artiste sud-africaine
Marlène Dumas proposa un regard sur l’homosexualité (y compris dans ses
relations avec le ballet classique) à travers une galerie de portraits de
célébrités gays, de Tchaïkovski à Noureev. Cependant, pour les raisons légales
liées à l’interdiction de la « propagande homosexuelle » en Russie, le thème de
ces portraits n’a pas été annoncé clairement. Les clichés de Boris Mikhaïlov
pris sur la place Maïdan et réunis sous le titre Le théâtre de la guerre
renvoient à un autre sujet d’actualité, tout comme le tunnel d’Erik Van
Lieshout avec le mot « riot » tracé sur une photo de chat. D’autres regards
critiques ont été offerts par l’Ukrainienne Alvetina Kakhidze et la Russe Elena
Kovylina.
Le programme parallèle a été
également riche en découvertes. Parmi elles, l’installation Le processus de
passage de l’artiste Ivan Plusch consacrée à l’effondrement du régime
soviétique ou l’œuvre d’Aslan Gaïsoumov faisant appel aux livres et autres ready-mades
pour raconter la guerre en Tchétchénie.
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