Entre la nouvelle campagne de
dépistage du cancer de sein, la Manif pour tous remettant le couvert et la Kid expo "approuvée par les familles", le mois
d’octobre adopte la palette rose.
Un choix vestimentaire qui, soit dit en passant, ne manque pas d’audace, surtout sur fond de grisaille parisienne.
Un choix vestimentaire qui, soit dit en passant, ne manque pas d’audace, surtout sur fond de grisaille parisienne.
Dans la symbolique de l’amour,
cette couleur est associée au langage un peu niais des histoires à l’eau de
rose qui se terminent le plus souvent par le mariage des protagonistes. Elle
s’oppose ainsi au rouge vif de la passion tragique. Mais comme le démontrent
les récupérations du rose par les
mouvements homophobes et, plus récemment, ses instrumentalisations dans les
attaques visant Najat Vallaud-Belkacem, il peut aussi déchainer les passions
les plus violentes.
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Conchita Wurst au Crazy Horse |
Certes, en tant que mélange du
rouge et du blanc, le rose est placé sous le signe de l’amalgame. Mais rien ne
prédestinait ce coloris en apparence si tendre, innocent et inoffensif à
devenir la couleur de la haine.
Plus que toute autre symbolique,
celle des couleurs véhicule et perpétue les stéréotypes, et le rose n’y échappe
pas. Il alimente non seulement les clichés vestimentaires brillamment raillés
par Pierre Palmade dans sa mise en scène de « Treize à table », mais
aussi les débats particulièrement véhéments, comme celui qui a eu lieu en 2011 sur
le plateau de Laurent Ruquier. Sous la bonhomie des clichés se profilent alors
les souvenirs des « triangles roses », L’Etoile rose de
Dominique Fernandez et toute la gamme entre la stigmatisation et la fierté.
Si le rose des vêtements liturgiques jure avec celui de la chair, le rose de Zahia dévoile son affinité avec Barbie et les princesses Disney. Quant au rose d’Elisabeth II, il semble défier le temps qui passe. L’ambiguïté fondamentale de cette couleur est notamment reflétée par les noms de ses nuances dont le « cuisse de nymphe émue » : féminin aujourd’hui et viril au Moyen Âge, sage et provocateur, gai et crépusculaire, le rose représente à la fois conditionnement sexuel et « théorie du genre », candeur enfantine et séduction érotique, insouciance de la jeunesse et sérénité de l’âge mûr bien portant, coquette sans conquêtes.
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Papier peint trompe-l'oeil Toilet Spirit (Atylia) |
Le rose, c’est une certaine
image du romantisme, la fraternité des flamants et les allées d’azalées, Meetic
et le printemps dans une maison de poupée, le premier degré et tous les autres.
Mais c'est aussi les culottes roses envoyées
aux extrémistes hindous de Sri Ram Sena qui patrouillent les rues le soir de la Saint-Valentin
à la recherche des « couples illégitimes ». D’une part, la modération, avec le rose dilué du socialisme contre le rouge
sanguin du communisme. D’autre part, les excès, avec les éléphants roses. La
neutralité d’un possible terrain d’entente sous un drapeau universel et
cosmopolite, mais aussi la charge émotionnelle d’un « chiffon rose ».
Au-delà des questions de
tolérance et d’égalité, cette couleur reste le symbole des douceurs et des
bisous, du bonheur conjugal et de la layette, à ce jour indétrônables au
palmarès des happy endings – mais aussi inséparables de l’image des lunettes
roses. Autrefois accessoire carnavalesque, elles risquent aujourd’hui, la crise
oblige, devenir la pièce maîtresse de notre kit de survie.
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