dimanche 5 octobre 2014

La couleur des sentiments

 
Entre la nouvelle campagne de dépistage du cancer de sein, la Manif pour tous remettant le couvert et la Kid expo "approuvée par les familles", le mois d’octobre adopte la palette rose.


Un choix vestimentaire qui, soit dit en passant, ne manque pas d’audace, surtout sur fond de grisaille parisienne.
 
Dans la symbolique de l’amour, cette couleur est associée au langage un peu niais des histoires à l’eau de rose qui se terminent le plus souvent par le mariage des protagonistes. Elle s’oppose ainsi au rouge vif de la passion tragique. Mais comme le démontrent les  récupérations du rose par les mouvements homophobes et, plus récemment, ses instrumentalisations dans les attaques visant Najat Vallaud-Belkacem, il peut aussi déchainer les passions les plus violentes.

 
Conchita Wurst au Crazy Horse

 
 
 
Certes, en tant que mélange du rouge et du blanc, le rose est placé sous le signe de l’amalgame. Mais rien ne prédestinait ce coloris en apparence si tendre, innocent et inoffensif à devenir la couleur de la haine.

Plus que toute autre symbolique, celle des couleurs véhicule et perpétue les stéréotypes, et le rose n’y échappe pas. Il alimente non seulement les clichés vestimentaires brillamment raillés par Pierre Palmade dans sa mise en scène de « Treize à table », mais aussi les débats particulièrement véhéments, comme celui qui a eu lieu en 2011 sur le plateau de Laurent Ruquier. Sous la bonhomie des clichés se profilent alors les souvenirs des « triangles roses », L’Etoile rose de Dominique Fernandez et toute la gamme entre la stigmatisation et la fierté.
 



Si le rose des vêtements liturgiques jure avec celui de la chair, le rose de Zahia dévoile son affinité avec Barbie et les princesses Disney. Quant au rose d’Elisabeth II, il semble défier le temps qui passe. L’ambiguïté fondamentale de cette couleur est notamment reflétée par les noms de ses nuances dont le « cuisse de nymphe émue » : féminin aujourd’hui et viril au Moyen Âge, sage et provocateur, gai et crépusculaire, le rose représente à la fois conditionnement sexuel et « théorie du genre », candeur enfantine et séduction érotique, insouciance de la jeunesse et sérénité de l’âge mûr bien portant, coquette sans conquêtes.

 
Papier peint trompe-l'oeil Toilet Spirit (Atylia)
 
 
Le rose, c’est une certaine image du romantisme, la fraternité des flamants et les allées d’azalées, Meetic et le printemps dans une maison de poupée, le premier degré et tous les autres. Mais c'est aussi les culottes roses envoyées aux extrémistes hindous de Sri Ram Sena qui patrouillent les rues le soir de la Saint-Valentin à la recherche des « couples illégitimes ». D’une part, la modération, avec le rose dilué du socialisme contre le rouge sanguin du communisme. D’autre part, les excès, avec les éléphants roses. La neutralité d’un possible terrain d’entente sous un drapeau universel et cosmopolite, mais aussi la charge émotionnelle d’un « chiffon rose ».

Au-delà des questions de tolérance et d’égalité, cette couleur reste le symbole des douceurs et des bisous, du bonheur conjugal et de la layette, à ce jour indétrônables au palmarès des happy endings – mais aussi inséparables de l’image des lunettes roses. Autrefois accessoire carnavalesque, elles risquent aujourd’hui, la crise oblige, devenir la pièce maîtresse de notre kit de survie.

 
 
 
 

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