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Eve Prima Pandora de Jean Cousin l'Ancien |
Eva Prima Pandora
est un tableau de l'artiste Jean Cousin l’Ancien aujourd'hui conservé au musée
du Louvre. Peinte vers 1549-1550, cette oeuvre révolutionnaire a fait scandale à l'époque. Aujourd'hui encore, elle n'a pas encore livré tous ses secrets. Il s'agit probablement du premier
nu de l'histoire de la peinture française et, comme indique Lise Wajeman, cette
nudité est d’autant plus troublante qu’elle est posée dans le cadre d’un
paysage, et non pas dans un espace intime, comme c’est le cas notamment pour
les tableaux maniéristes de l’école de Fontainebleau. D’autre part, le titre
associant les deux femmes originelles a souvent été perçu comme blasphématoire :
en effet, le rapprochement des deux figures sorties de leur contexte ne vient
pas consacrer la victoire du sacré sur le profane et attester la vérité du
texte biblique. Il s’agit plutôt de cautionner la double origine de la femme en
tant que créature dangereuse sinon maléfique.
Ce double
symbolisme mythologique et religieux du tableau est d’abord indiqué par les
attributs d’Eve :
–
le serpent de la tentation enroulé autour du bras ;
–
la branche de pommier, référence à la pomme du péché
originel.
Le motif de la séduction fatale
que déploie Eva-Pandora associée à un serpent se retrouve aussi dans les
représentations de Cléopâtre au début du XVIe siècle. Ce rapprochement
iconographique avec la légendaire reine d’Egypte et ses charmes pernicieux
confine au tableau de Cousin son aura romanesque. Enfin, comme le note Lise
Wajeman, sur le tableau de Cousin, Eve-Pandora tient le rameau de pommier comme
une plume, et le linge blanc prend l’aspect du papier ou d’un livre. Ce n’est
donc plus seulement la séduction du corps qui est en jeu, mais également la
tentation de la parole. Ainsi, le mélange subtil de sensualité et de spiritualité distingue ce tableau des
autres classiques du genre, comme Venus endormie de Giorgione et Vénus d’Urbin
de Titien. Il est tentant aujourd’hui de l’interpréter à la lumière des idées
d’Erich Fromm qui considère le péché originel comme notre rupture avec
la condition animale et l’accès à l’humanité. De ce point de vue, la découverte de la parole (orale par le biais du
serpent, puis écrite) par Eva-Pandora apparaît comme un réveil, une prise de
conscience, un pas de plus sur le chemin de l’autonomie associée à la
connaissance du bien et du mal – cette connaissance qui nous permet de devenir
des individus à part entière.
A lire :
Erich Fromm, « La désobéissance, problème
psychologique et moral », De la
désobéissance et autres essais, Paris, Robert Laffont, 1983,
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