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Niki de Saint Phalle |
« J’ai eu la chance de
rencontrer l’art parce que j’avais, sur un plan psychique, tout ce qu’il
fallait pour devenir une terroriste ». Pour comprendre ces propos chocs de Niki
de Saint Phalle, il faut visiter son exposition qui se déroule actuellement au
Grand Palais.
Dans les années 1960, l’artiste
emploie pour peindre, une méthode bien à elle : celle du tir à la carabine. Elle
fixe sur un panneau de bois divers objets insérés dans du plâtre, selon une
composition précise, ainsi que des sachets de couleurs liquides, parfois emplis
de produits alimentaires (spaghettis, œufs, riz, tomates). Ils éclatent sous
l’impact des balles et dégoulinent en traînées bariolées. Elle en eut l’idée en
février 1961, au cours de l’exposition « Comparaisons : peintures-sculptures »
au musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Elle y exposait pour la première
fois un relief-assemblage, Saint
Sébastien or Portrait of my Lover. C’était un tableau composé d’une chemise
surmontée d’une cible sur laquelle les visiteurs étaient invités à lancer des
fléchettes. L’artiste est alors saisie d’un sentiment d’allégresse quand elle
voit les visiteurs se déchaîner pour atteindre la cible. Pourquoi ne pas tirer
sur une toile blanche pour la faire saigner et cracher de la peinture sous les
balles ? Quelques jours plus tard, elle réalise ses premiers reliefs en plâtre.
Durant ces séances, elle invite aussi les spectateurs à tirer à la carabine sur
des poches de couleur.
Ce rituel, elle le trouve
"excitant et sexy", mais aussi "tragique" et sans doute lié
à sa douloureuse histoire personnelle. C’est une façon de « mourir de sa
propre main » avant de renaître. Niki de Saint Phalle retourne sa propre
violence contre le tableau.
A mi-chemin entre la performance,
la sculpture et la peinture, ces tirs-happenings sont souvent documentés, photographiés et même
formatés pour la télévision. Elles ont une
fonction cathartique pour Niki et son public permettant de canaliser la
colère, l’engagement et la radicalité.
Cette rétrospective de Niki de
Saint Phalle m’a confortée dans mon idée qu’une provocation a une bonne force
de frappe lorsqu’elle est :
- une passion
- associée à une technique créative
- et focalisée sur ses cibles
Quant à ces dernières, c’est à nous de les identifier, de les décrire et pourquoi pas les cataloguer, comme le fait cet inoubliable Mur de la rage :
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Le Mur de la rage (Niki de Saint Phalle) |
Il est vrai, la provocation créative tient plus d’escrime que de pugilat. Mais même lorsque'elle ressemble davantage à un jeu de flêchettes, elle peut être d'une redoutable efficacité.
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