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dimanche 5 février 2017

"Les Nouveaux Dissidents"


 
 
Le 31 janvier, la Mairie du IVe arrondissement de Paris a accueilli de nombreux invités pour la soirée de lancement de l’association  « Les Nouveaux Dissidents ». Parrainée notamment par Liudmila Oulitskaïa, Moustafa Djemilev et Edgar Morin, elle avait été créée à l’initiative du philosophe Michel Eltchaninoff, auteur du livre du même nom publié l'an dernier aux éditions Stock.

 

Il s’agit d’une démarche d’abord éthique, qui n’a pas d’ambition politique : le but des « Nouveaux Dissidents » n’est pas de concurrencer les grandes associations existantes, mais plutôt de les soutenir en aidant ceux qui luttent pour le respect des droits de l’homme à travers le monde. Elle tâchera d’informer régulièrement le public sur ces hommes et femmes qui agissent de manière éthique, individuelle, non violente et à visage découvert, non seulement dans les dictatures et sous les régimes autoritaires,  mais aussi dans les pays démocratiques.

 

 
L’association vise à créer un espace d’expression et de dialogue entre ces dissidents qui pourront échanger leurs expériences et expliquer ce qui se passe dans leur pays. Ils auront à leur disposition un site internet où ils pourront publier leurs manifestes, leurs photos, leurs vidéos et leurs témoignages. Le site de l’association a également établi une cartographie de la dissidence à travers le monde complétée par les informations sur les régimes politiques des pays concernés.



En effet, l’histoire et la géographie de la dissidence méritent sans doute d’être davantage connues. Qui se souvient aujourd'hui de l'affaire de Victor Kravtchenko, ce dissident avant la lettre et auteur de l'ouvrage J'ai choisi la liberté (1947), dont le procès avait fait l'objet d'un livre de Nina Berberova? Journaliste à l'hebdomadaire La Pensée russe assistant aux audiences sur les bancs de la presse, elle était parmi les premiers à alerter la communauté internationale sur ce phénomène.



Quat au terme "dissident", né en URSS à l'époque brejnévienne, il est tombé en désuétude après la chute du mur de Berlin. Pourtant, depuis les années 1990, le monde voit apparaître de  nouveaux dissidents qui adoptent des modes d’action similaires. Parmi eux, Michel Eltchaninoff cite des « lanceurs d’alerte » dénonçant des abus de pouvoir ou des opacités.

 
Piotr Pavlenski, invité d'honneur de la soirée

Ainsi, une continuité peut être établie entre la poétesse Natalia Gorbanevskaïa protestant sur la Place rouge, en Août 1968, contre l’invasion de la Tchécoslovaquie avec la pancarte « Pour votre liberté et pour la nôtre », et Piotr Pavlenski, activiste russe poursuivi actuellement pour une affaire de mœurs dans son pays et ayant trouvé refuge en France. Invité d’honneur de cette soirée, il a cité une longue liste d’auteurs et d’artistes ayant été persécutés en Russie ou qui le sont toujours. D’après Pavlenski, toute activité créatrice est considérée comme politique en Russie et devient, de ce fait, une source de problèmes.

 


Aujourd’hui, aucun pays n’est plus à l’abri de ce phénomène, comme l’explique le fondateur de l’association : « Il y a quelques années et même seulement quelques mois, la notion de dissidence pouvait sembler exotique. On se disait : ‘la dissidence, c’est ailleurs’. Depuis la prise de fonction de Donald Trump, dans la presse américaine on peut lire des articles qui se demandent si des Etats ou des citoyens vont ‘entrer en dissidence’. Aujourd’hui, on voit bien qu’il faut se demander si les prochaines dissidences n’apparaîtront pas aux Etats-Unis et en Europe. Je pense d’ailleurs qu’on peut déjà en trouver ».

dimanche 11 décembre 2016

Un conte à rebours


 
 
Parmi les calendriers de l’Avent les plus osés et les plus surprenants, ceux qui vont le plus loin dans la transgression des règles du genre, voici celui lancé par Europol pour aider à la capture des criminels européens. Chaque jour, jusqu’au 24 décembre, il publie le nom d’un fugitif, connu pour avoir commis des meurtres, des enlèvements ou des actes de terrorisme. Une initiative qui semble rompre avec « l’esprit de Noël » cher à Charles Dickens. Car traditionnellement, la fête préférée des enfants apparaît comme l’incarnation de l’amour, du partage, de l’harmonie et de l’innocence, associée à une réunion familiale à l’intérieur d’une Maison. Elle peut être considérée comme le modèle du « chronotope idyllique » décrit par Michaïl Bakhtine. Le sapin décoré, la table dressée, la lumière des bougies et la chaleur de la cheminée évoquent une ambiance à la fois festive et décontractée, une existence à l’abri des malheurs et des catastrophes, pauvre en événements mais riche en rites et en émotions. L’idylle, c’est le bonheur du foyer, simple et durable, c’est le triomphe de l’autochtone et du rituel qui proscrit l’étranger et l’imprévu, c’est un micromonde limité dans l’espace qui se suffit à lui-même. Un petit foyer lumineux au milieu d’un univers froid et hostile, un cocon, un havre de paix qui se révèle finalement aussi illusoire et éphémère qu’un conte de Noël.

mercredi 30 novembre 2016

La société civile en Russie


 

 Le 24 novembre, en coopération avec Amnesty International France, le Forum de la société civile UE-Russie a organisé un événement aux côtés de cinq activistes russes majeurs :

Elena Belokourova, membre du comité de direction du Forum de la société civile UE-Russie et directrice de l’Echange russo-allemand de Saint-Pétersbourg ; Iouri Djibladze, président du Centre pour le développement de la démocratie et des droits de l’Homme; Andreï Kalikh, journaliste russe indépendant, activiste anti-corruption, coordinateur du groupe de travail d’experts du FSC consacré à la “Lutte contre la corruption transfrontalière”; Konstantin Troïtski, analyste au sein du Comité d’assistance civique et Natalia Ioudina, analyste principale, SOVA (Centre pour l’information et l’analyse).

 Ils ont témoigné des difficultés auxquelles sont confrontées leurs organisations respectives depuis les dernières modifications législatives en Russie. Début septembre 2016, plus d’une centaine d’organisations avaient été inscrites au registre des « agents de l’étranger » et sept organisations avaient été déclarées indésirables. Plusieurs ONG ont perdu leurs sources de financement et ont dû cesser leurs activités. Il s'agit des organisations travaillant sur tout un éventail de sujets, notamment la discrimination, la protection des droits des femmes et des personnes LGBTI, la préservation de la mémoire historiques, les recherches universitaires, la réforme de la justice pénale et du système carcéral, les droits des consommateurs et les questions liées à l'environnement. D’autre part, l’année 2016 a vu l’adoption de plusieurs textes de loi qui limitent encore les droits à la liberté de l’expression, d’association et de réunion dans le cadre de « la lutte contre l’extrémisme ».

Dans ce contexte, la récente mise sous scellé du bureau d'Amnesty International à Moscou a provoqué de nombreux questionnements. Fidèle à sa vocation de promouvoir et de faire respecter les droits de l’Homme dans le monde entier, l'ONG appelle les autorités russes à réviser la loi relative à la lutte contre l’extrémisme à la lumière des normes internationales et à prendre toutes les mesures nécessaires pour que la loi relative aux « agents de l’étrangers » soi abrogée et que les ONG en Russie soient en mesure de faire leur travail sans entrave, harcèlement, stigmatisation ni représailles.